
Voici une question et la réponse de Chantal Millette,
suite à son témoignage au sujet de Mélina sa fille qui fût diagnostiquée autiste à deux ans.
Pour lire le témoignage de Chantal http://www.zoneparents.com
J'ai une garderie privée et j'ai un petit garçon qui, dès le premier jour, je trouvais différent. Je suis incapable de communiquer avec lui et il est incapable de s'intégrer au groupe ou de participer aux activités dirigées.
Au début je croyais qu'il ne m'entendait pas, mais j'ai remarqué qu'il est très sensible aux sons (sonnette de la porte, micro-ondes). J'ai essayé d'en parler avec sa mère mais elle me dit que c'est un enfant qui est très concentré. J'ai même essayé d'aborder le sujet avec sa grand-mère (qui était enseignante avec de jeunes enfants) mais elle dit qu'il va rattraper les autres. Il est incapable de communiquer, aucun mot, seulement des sons. On dirait qu'il est toujours dans son monde.
En voyant votre article, j'ai immédiatement reconnu mon petit garçon. Je ne sais pas quoi faire car la mère refuse de voir qu'il est différent. Je veux qu'il reçoive de l'aide professionnelle car je me sens mal outillée pour l'aider. De plus, puisque sa mère lui donne toujours des excuses pour son comportement cela m'empêche de faire face au problème.
Je ne sais pas quoi faire, pouvez-vous me conseiller?
Merci
Veronique Lavallée
Bonjour,
Je voudrais commencer ce texte en vous rappelant que je suis éducatrice en petite enfance et maman dune petite fille autiste. C'est avec mes connaissances dans ces domaines que je vais répondre.
Une éducatrice a pour mandat la prévention. Elle constate que l'enfant aurait peut-être un retard ou une différence, mais elle ne peut pas dire au parent: " Je crois que votre enfant est autiste tout court..." Un, parce qu'elle n'a pas la formation pour le faire et deux, parce que seul un pédopsychiatre peut le diagnostiquer. Par contre, l'éducatrice peut signaler aux parents que selon ses connaissances l'enfant a des lacunes dans différentes sphères. Elle ne peut toutefois pas diagnostiquer l'enfant. Je décrirai une façon simple d'aborder le sujet de manière à ne pas faire peur aux parents un peu plus bas.
Il ne faut pas oublier aussi qu'un enfant a des points forts et des points faibles comme nous tous... et parfois, il ne s'agit que de cela.
Pour le moment vous avez tout à fait rempli votre travail. En signalant aux parents vos doutes vis-à-vis le développement de l'enfant, vous permettez aux parents de faire la démarche pour aller vérifier si tout va bien ou non. Le parent peut par la suite en parler à son pédiatre au prochain rendez-vous. Celui-ci le dirigera vers le spécialiste s'il y a lieu de le faire.
C'est important en tant que parents de faire cette démarche même si elle fait peur ou si on est persuadé que tout va bien pour effacer tout doute. C'est « notre job de parents » en fin de compte.
La pédiatre de ma fille, m'avait suggéré d'attendre et d'observer ma fille encore quelques mois quand je lui avais signalé mes inquiétudes. Au deuxième rendez-vous, elle m'a référé à un spécialiste de Ste-Justine... Il est parfois difficile en jeune âge de bien déceler si c'est un comportement normal de 18 mois ou pas...
Malheureusement, plusieurs parents préfèrent nier ce qui est parfois évident... pourquoi? Quand on entend dire que notre enfant est différent et on se met à y réfléchir, la peur nous enveloppe très vite... on pense au futur très rapidement. Des écoles différentes, une dépendance aux parents, des soins particuliers, un entourage qui juge etc... Certains parents se protégeront en pensant que tout va entrer dans l'ordre. Nier devient un mécanisme de défense.
Le fait de parler aux parents ne tombe pas forcément dans l'oreille d'un sourd. Les parents pensent à ce qui a été dit ou ouvrent un œil sur le comportement de leur enfant. Ils seront peut-être tentés d'en parler à leur pédiatre.
Un bon moyen de communiquer nos inquiétudes vis-à-vis un enfant à un parent est de faire un bilan d'observation écrit.
On le fait pour tous les enfants pour ne pas discriminer ou pointer personne. Sur ce bilan, on sort tous les points forts de l'enfant, mais aussi ses faiblesses... Un enfant dont le développement se passe bien a aussi des points forts et des points à améliorer. Ces écrits seront rédigés non comme un bulletin, mais plutôt comme un clin d'œil vis-à-vis l'enfant... ou je pourrais dire un heureux souvenir d'enfance à leur offrir...
Exemple :
Marc adore courir partout. Il est vraiment bon, c'est un point fort chez lui. Il aime faire la course avec ses amis et arrive souvent premier. Par contre, il a un peu de difficulté à sauter à pieds joints. C'est pourquoi nous nous amusons à sauter dans des cerceaux pendant la course...
Pour terminer, il serait bon aussi de préparer un court document d'observation plus spécifique si tout à coup le parent décide de faire les démarches et demande votre aide. Les parents pourront donc donner votre "rapport d'observation" au pédiatre et plus tard au pédopsychiatre.
Par exemple :
- A de la facilité à courir
- Associe facilement deux images identiques
- A de la difficulté à sauter pieds joints
- N'aime pas les bruits soudains et forts
- Ne pointe pas les objets.
Ce deuxième rapport ne doit pas être donné avant que les parents prennent conscience des difficultés de leur enfant car c'est une façon plus négative de regarder "la vie en face ". Seulement les faits observés doivent être notés... on ne doit pas émettre de jugements ou de spéculations de diagnostic.
De votre côté, si vous avez le désir de travailler avec l'enfant à travers le jeu... je vous donne quelques pistes :
Trouvez l'intérêt de l'enfant et exploitez-le de différentes manières de façon à toucher aux points à améliorer.
Exemple :
Les dinosaures... si l'enfant aime les dinosaures, faites toutes sortes de jeux à ce niveau. Chasse aux dinosaures, bricolages de dinosaures, images à manipuler, à nommer et à pointer, se déplacer comme des dinosaures.
Voici des jeux qui ont su aider ma fille Mélina :
Besoin langagier: cacher des images que l'enfant aime dans des œufs de plastique, ouvrir et dire le mot dans des cônes de bobines de fil vides.
Besoin visuel : regarder dans les yeux, jouer a la " bataille ", chatouiller avec une plume, jouer a la cachette, bercer tout en recherchant le plaisir et le contact visuel.
Besoin sensoriel : jouer dans un bac de céréales ou de pois, jouer avec de la crème à raser, massage.
Bref, selon les points à travailler, on trouve des idées qui susciteront son intérêt....
En conclusion, je suis persuadée que vous avez fait ce que vous pouviez. On ne peut pas obliger un parent à accepter ce qu'il ne veut pas voir. On peut seulement essayer de le guider. L'acharnement ne mène souvent à rien.
Chantal Millette
éducatrice et maman de Mélina 4 ans, autiste